|
| Jeunesse et société |
Collège d'état : le pire ou le meilleur ?
Cela
faisait déjà un bon bout de temps que j'avais envie d'aborder
ce sujet de société et ce, à la suite de deux constatations :
- l'image véhiculée par les medias est plutôt noire et l'opinion négative se répand chez mes concitoyens sans même que ceux-ci aient pu la vérifier, choisissant alors le privé
- les enfants de la catéchèse vont pour la grande majorité en école privée surtout au moment de l'entrée au collège.
Il n'est pas question de mettre en concurrence
école publique et école libre. En tant que catholique, je me réjouis du succès rencontré par l'école catholique privée qui lui permet ainsi de mettre en relation avec notre religion des enfants éloignés de l'Eglise et je lui souhaite un développement encore croissant dans les années à venir en espérant qu'il soit le lieu de toutes les classes sociales réunies. Le conflit école catholique/école laïque républicaine me semble maintenant obsolète. Je veux simplement donner mon avis de mère de famille dont les deux enfants sont scolarisés en public,
(école maternelle, primaire puis collège) malgré le pire entendu sur les établissements fréquentés, mais qui s'est dit "tant pis, j'essaie et on verra
bien...".
J'habite en banlieue sud
parisienne, dans une ville où le parc hlm est très important,
ce qui n'en fait donc pas une "ville calme sans problème". Elle
n'est toutefois pas représentative des villes ultra sensibles et son collège n'est pas situé en ZEP.
Pour l'instant nos voitures ne flambent pas à la nuit tombée. Il
faut donc en tenir compte dans ma "réhabilitation" du
collège public. Il est évident que si nous avions
constaté que les agressions et rackets y étaient fréquents,
mon mari et moi n'aurions pas pris le risque d'y inscrire nos enfants.
Pourquoi
ce choix ?
La gratuité
et proximité ont été nos critères
"pratiques" de choix, qui ont primé sur les rumeurs
négatives concernant l'établissement. Nos revenus
auraient permis la scolarisation en privé d'un seul enfant, ou
des deux mais au prix d'un grand sacrifice pour tous. Situé
environ 1/4 d'heure à pied de notre domicile, nos enfants s'y
rendent seuls. Encore plus significatif lors de l'école
primaire située en face de notre habitation, cet avantage leur a
permis d'acquérir une autonomie dès le plus jeune âge. Une fois ces conditions
prioritaires remplies, il fallait que le reste s'adapte à notre attente de ce que doit offrir un établissement
scolaire à nos enfants : une chance pour l'avenir donc un
savoir, mais aussi la construction d'une personnalité qui ne
soit ni un handicap pour la réussite sociale, ni contraire à
nos valeurs familiales. S'il s'était avéré que c'était impossible, alors adieu gratuité et proximité ! le choix était à refaire.
Que
s'y passe t-il ?
Activités
para-scolaires, responsabilité de l'élève, relations
parents/enfants/enseignants.
Ce que je vais décrire ressemble à ce que beaucoup
connaissent mais montrera justement que le collège
public de banlieue n'est pas l'endroit de tous les dangers et
peut offrir autant qu'un autre.
Dans le
collège de mes enfants, la population est plutôt de
milieu moyen et défavorisé, ce qui a des conséquence
directes sur des critères qualitatifs du collège, sans que ce
dernier n'en soit la cause. Les remèdes apportés peuvent être un "plus" pour l'élève issu de famille défavorisée
mais aussi pour celui qui ne rencontre pas de problèmes sociaux.
Il y a une volonté de responsabiliser l'adolescent, de le faire
participer aux décisions, de le vouloir partenaire du
collège. Le règlement intérieur doit être signé
dès la rentrée des classes par les parents et par l'élève. Ce
dernier doit d'ailleurs remettre sa signature.
L'accent est mis sur les relations avec les parents.
Le carnet de correspondance, les convocations, les réunions, la
remise commentée des bulletins trimestriels par les professeurs
en mains propres aux parents, sont autant d'atouts
permettant une bonne collaboration. Le parent qui rencontre un
problème est bien accueilli, ses courriers sont lus avec attention. J'ai ainsi pu
obtenir que le double choix de menu soit proposé à tous les
élèves les jour de repas avec porc, afin que cela n'entraine
pas un mensonge(ma fille et sa copine se disaient
musulmanes pour avoir les nuggets de dinde au lieu du roti de
porc). Une réponse de la Principale suivait avec la
décision de proposer double menu, dans le respect de la
laïcité. Encore un point positif : lorsque je vais chercher le
bulletin de mes enfants, je suis dans ma ville, et je connais
beaucoup de parents depuis les années de maternelle de nos
enfants. Aussi, le couloir devient
une petite salle de bavardages, un lieu de vie.
Il existe le journal du collège tenu par les
élèves et encadré par un moniteur. La rédaction et l'aspect technique deviennent la réalisation des collégiens.
Journal sympa et vendu chaque mois à la porte de
l'établissement (à l'intérieur) par les jeunes.
En 5ème, différents modules sont proposés ans l'emploi du
temps scolaire. Au choix : Presse, informatique, radio,
cinéma, sport, Unesco.
L'association sportivepermet aux
jeunes de pratiquer un sport contre une somme modique. Parmi les sports proposés : badminton, sport nature, ping pong
danse, trempoline. 3 heures environ par semaine. Des rencontres inter-collèges sont
organisées.
Beaucoup de voyages
sont proposés aux élèves dans le cadres des activités
scolaires ou para-scolaires. L'équipe cinéma a pu partir au
festival de Cannes il y a deux ans avec leur photo dans le
journal Le Parisien. Le départ a eu lieu dans une ambiance des
plus sympathiques où parents, professeurs, élèves se
retrouvaient à un niveau relationnel égal. Enthousiasme à son comble. Il y a eu également le voyage
Grèce et Italie (Rome) pour les adeptes des langues anciennes.
Beaucoup de voyages sont proposés à l'initiative de la classe
et du professeur. Une partie financière est en général
attribuée par le département et la municipalité, l'autre
partie est à la charge des parents. Cette part parentale est parfois lourde pour une famille, aussi les élèves organisent des
ventes pour financer le voyage : gateaux, cartes de voeux
etc... A noter que tous les élèves participent à cette
quête d'argent et non pas uniquement ceux des famille
concernées. Bon apprentissage du partage, de l'autonomie, du
sens de l'initiative, de la solidarité.
Le
Niveau d'étude
Il
fait bien sûr partie des critères de choix essentiels pour ceux
qui ont préféré mettre leurs enfants en privé mais reste
aussi notre priorité pour nous parents du public. Or, un niveau
plutôt faible est la conséquence de ghettos qui se crèent peu
à peu lorsque les parents boudent le collège d'état et non le fait
d'un personnel enseignant de moindre qualité. Lorsque les
familles aisées disparaissent, le niveau baisse. Lorsque les
familles moyennes, désireuses d'offrir le maximum de chances à
leurs enfants choisissent à leur tour le privé, c'est encore le
niveau du public qui baisse. A noter qu'on peut trouver aussi de très bons
élèves parmi ceux issus de milieux défavorisés mais c'est plus rare.
L'environnement fait que le niveau de ces élèves devient médiocre. Le collège reste cependant une chance
par la qualité de l'enseignement -aussi bonne qu'ailleurs-
lorsque réalisée dans de bonnes conditions. Le collège
ne peut pas faire de miracles même s'il obtient
de bons résultats souvent négligés par les médias. Lorsqu'il y a gros handicap au départ, le résultat
peut sembler dérisoire aux yeux de beaucoup alors qu'il
est une réussite. Toutefois, plus les collèges deviendront des
ghettos par la désertification souvent injustifiée au moment du
passage primaire-secondaire d'une grande partie des classes élevées et moyennes, plus les chances se réduisent, plus les
fossés se creusent entre populations, plus les risques
d'insécurité, de rebellions se développent puisque des populations différentes n'ont plus aucun contact.
Le niveau du collège où sont scolarisés nos enfants est
plutôt moyen mais il ne faut pas confondre niveau moyen d'une
classe avec programmes et cours administrés par l'enseignant. Un
bon élève sérieux restera ailleurs un bon élève sérieux qui
a toutes les chances de réussir ses études même s'il a le sentiment qu'il ne fait plus partie de l'élite en changeant d'établissement. Il fera
partie des "moyens" parce que le niveau général du
nouvel établissement est plus performant mais ses connaissances restent acquises. Il y a aussi tous ceux
qui choisissent le privé pour la filière "lycée
réputé et bonnes grandes écoles" du supérieur. Si un enfant a des capacités, s'il est sérieux et courageux, l'enseignement d'état lui fournira la chance
d'y arriver même à partir d'un collège et lycée de banlieue modeste
-si celui-ci ne figure pas au palmarès des endroits dangereux. S'il est excellent, voire surdoué, mieux vaut
évidemment lui trouver un établissement spécifique de haut niveau, qui lui
permettra un bon épanouissement.
Insécurité
Gros problème
mais problème général dont le champ de mauvaise action s'étend bien au
delà des enceintes d'un collège.
il faut absolument interdire à des élements perturbateurs d'empécher les élèves d'écouter et les enseignants d'enseigner. C'est une
priorité absolue. Le risque est beaucoup plus grand en
collège public de certaines banlieues. Si cela devient impossible, si l'élève
ne peut plus apprendre en cours, mieux vaut
s'en aller. Ce n'est pas le cas dans le collège de nos enfants malgré les rumeurs, cause de plus d'un départ école primaire publique vers le privé. Il faut donc "essayer" pour se faire une opinion. En ce
qui concerne les agressions, notre fille en 3 ans et demi de
présence, n'en a connu qu'une violente entre deux jeunes. Il existe cependant des incivilités fréquentes tel que violence
verbales, chicaneries, bousculades, insolence envers les
professeurs, bombes lacrymo dans les couloirs (deux fois par an
environ), petits vols, et vol d'un magnétoscope. Des
professeurs sans autorité voient leur classe devenir un vrai
bazar, alors que d'autres avec les mêmes éléments se font
respecter. Pour les rackets, il y a eu deux affaires plus sans doute toutes celles que nous ne
connaissons pas. Les collèges de banlieue à problèmes doivent plus
qu'ailleurs faire régner l'ordre tout en incitant le jeune à
respecter de lui-même les droits des autres. Les chefs
d'établissement et les enseignants doivent absolument être
formés pour cela, et les moyens doivent être donnés pour que
la sécurité règne : surveillants, police de proximité.
Lorsqu'un professeur n'a pas les épaules assez larges pour se
faire respecter, il n'a pas à être pénalisé. Il a
choisi d'etre un enseignant et non un "rambo".
Il faudrait envisager sa mutation dans un quartier moins
sensible, l'attribution de classes plus jeunes, plus faciles, l'assistance
d'un surveillant pendant les cours. Mais l'insécurité reste
un problème pour tous, et le collégien même inscrit dans un
bon établissement fréquentable peut courir un
risque en chemin. Quelques beaux mais rares témoignages de la part de ma fille où on peut voir des "voyous" se métamorphoser viennent heureusement planter quelques fleurs dans un terrain souvent broussailleux.
Valeurs
familiales et vie de foi
Pour les
familles catholiques pratiquantes, le choix d'un collège
catholique peut être motivé par le fait que la catéchèse sera assurée sur place, les valeurs chrétiennes seront données en
complément de celles reçues chez soi.
Il m'est difficile de juger n'ayant pas l'expérience du collège
privé. Sur ce sujet, le collège d'état reste un grand
défi pour le jeune chrétien. Il risque c'est vrai
d'avoir honte de sa religion pour des raisons que seules les ado peuvent comprendre et de s'en éloigner peu à peu. Mais il
peut s'y attacher plus encore car il sera confronté
à celles des autres, plus visibles, plus identitaires qui le pousseront à approfondir sa vie de foi.
Le risque de changer de religion pour une autre sera plus faible
pour le jeune catholique pratiquant. La nouvelle religion vient souvent s'implanter sur un terrain vierge. En 6ème, et en histoire en général,
lorsque sera abordé le passé chrétien de notre pays et de
l'Europe, le jeune catholique sera plus à l'aise et lèvera
le doigt plus souvent. Il aura toujours l'aumônerie de sa paroisse pour
continuer s'il le souhaite une catéchèse et une prépa à la
confirmation, ce qui lui permettra de s'y intégrer et de la faire ainsi bénéficier de générations différentes.
En ce qui concerne le discours éducatif du collège public en matière de moeurs, il
peut être contraire à ce que l'Eglise nous
enseigne sur des sujets tels vie sexuelle, avortement, ...En réalité, ce type de sujet abordé a été très
rare et n'a eu que peu d'influences sur mes enfants. Au contraire, cela a permis chez nous des discussions, des approfondissements de nos valeurs et surtout des explications de notre choix. La fréquentation de jeunes ne partageant pas nos valeurs
peut orienter nos enfants dans un sens qui n'est pas le bon mais le danger existe partout. C'est un risque à prendre. Ce risque des différences
permet aussi l'ouverture, l'amitié pour celui
qui ne pense pas comme nous, et favorise la tolérance. C'est aussi l'endroit où ma fille qui disait à ses copines son ras le bol
de la religion a eu pour réponse d'une d'entre elle, non chrétienne, "tu
es folle, ne la quitte pas, ta religion est
super". C'est l'endroit où on a connu le copain musulman qui vient participer à une journée scoute.
C'est le risque et la surprise des évangiles.
Académie de Créteil : le collège en chiffres
|
Département |
Nbre d'étab. |
Nbre d'élèves |
||
|
public |
privé |
public |
privé |
|
|
Seine-et-Marne : |
119 |
21 |
67780 |
8994 |
|
Seine-Saint-Denis |
116 |
28 |
69578 |
9588 |
|
Val-de-Marne |
101 |
27 |
51039 |
9700 |
Résultats au brevet des collèges
Seine et Marne : 74,9 %
Seine St Denis : 67,6 %
Val de Marne : 79,5 %