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| Société |
Le divorce
Nous
étions, il y a peu, réunis autour d'une table pour un repas.
Au-dessus de la tranche des plus de soixante-cinq ans : un
célibataire, trois couples avec enfants issus du mariage, un
couple dont l'enfant est un adolescent issu d'une première union
de sa mère, une femme seule divorcée avec deux adolescents. A
la TV, pour Noël, un reportage montrait un père en grève de la
faim pour obtenir la garde alternée de son enfant. Un sapin et
des cadeaux attendaient désespérement l'arrivée d'un fils
absent puisqu'entre 70 % à 80 % des gardes sont laissées à la mère, le père
ne voyant l'enfant qu'un week-end sur deux et pendant la moitié
des vacances scolaires. Pendant que certains combattent pour plus
de droits parce qu'ils aiment leurs enfants et veulent les voir
plus souvent, d'autres au contraire disparaitront, peut être
pour ne pas verser la pension alimentaire ?
Je repensais à ces réunions familiales de mon enfance. Jamais
je n'ai vu mes tantes sans mes oncles près d'elles, et leurs
petits : "maman, j'ai soif" "papa, viens voir
!" ; un papa-une maman-un enfant.
La vitesse avec laquelle le phénomène s'est banalisé est
ahurissante. Autour de nous, dans notre famille, sur notre lieu
de travail, le nombre de divorcés est impressionnant, sans
compter les séparés d'union dite "libre" ayant duré
parfois des années (20% des séparations d'un parent avec son enfant en
sont issus - INED). Depuis 1995, le nombre de divorces en France stagnerait entre
115000 et
120000
divorces pour 280000 mariages (INED), soit environ 4 divorces pour 10
mariages.
Banalisation donc. Etre divorcé fait partie de la norme et ce
temps où la société vous montrait du doigt, ajoutant encore un
peu plus de détresse à votre situation, est révolu.
Cette banalisation, profitable sur certains points puisqu'elle ne
met plus au ban de la société, justifie-t-elle des chiffres si
importants ? L'état de parent divorcé doit-il être considéré
comme un modèle familial parmi tant d'autres? celui du couple
marié pour la vie n'est-il plus un idéal à proposer ? Et
comment ne pas être inquiet de l'avenir lorsqu'autour de soi, il
est presque normal d'avoir refait sa vie, comment ne pas avoir
peur que son époux ou son épouse n'ait envie d'avoir de
multiples vies conjugales au lieu d'une seule qui peut sembler
ennuyeuse par sa durée ? Cette situation est devenue si
habituelle qu'il m'est arrivé -rarement- de m'écrier en colère
contre mon mari "si ça continue, je divorce !" ...pour
deux fois rien.
Et dans notre vie de foi, comment réagir à ce fait
de société ? condamner, autoriser ? Comment ne pas voir la
recrudescence de notre dureté de coeur dans ce phénomène de
grande ampleur ? Comment comprendre l'exigence du Christ, ce que
certains appeleront la "sévérité", la
"rigidité" de l'Eglise ?
Vers un divorce heureux ?
1)
Différentes procédures, réforme du divorce : faute supprimée
Il est très rare qu'un divorce, même par consentement mutuel,
ne laisse aucune trace et soit exempt de souffrances. Son impact
est toujours aussi fort qu'autrefois, c'est un choc
qui abîme, destructure. Il peut même détruire celui qui en est
victime lorsque la pauvreté vient obscurcir un tableau déjà
sombre.
En France, jusqu'en Octobre 2001, les différents types de
divorces étaient :
- la
demande conjointe : aucune cause donc aucun tort invoqué. Les
conjoints ont, ensemble, décidé que leur vie commune devait se
terminer.
- sur
demande acceptée : un seul des époux demande le divorce. La notion
de faute n'est pas invoquée mais des torts rendant la vie
conjugale impossible sont reprochés et approuvés par les deux
conjoints. C'est une forme qui s'approche du consentement mutuel.
- pour
rupture de vie commune : il s'agit en général de cas où l'un des
époux a refusé le divorce qui devient presqu'automatique au
bout de six ans de séparation mais donne lieu à une nouvelle
procédure.
- pour
faute :
Un seul conjoint demande le divorce invoquant une faute grave de
son époux(se) qui doit être prouvée.
Environ la moitié des demandes de divorces proviennent des deux
époux. La procédure est alors plus rapide (entre 4 et 6 mois)
et moins onéreuse : frais de justice et nombre réduit de
consultations de l'avocat.
Le Juge aux Affaires Familiales prononce le
divorce. Puisqu'il n'y a pas désaccord, le même avocat peut
représenter les deux parties. J'ai eu dans mes relations ce cas
qui s'est mal terminé. Les deux conjoints voulaient divorcer à
l'amiable pour ne pas déséquilibrer leurs filles et aucune
cause n'était donc invoquée. Le mari, homme aisé, payait les
frais de l'avocat commun. Mais il y eut un différend dans le
partage des biens et le montant de la pension. En conséquence,
les conjoints ont dû continuer la procédure en prenant chacun
leur propre avocat. De consentement mutuel donc
à l'amiable, le divorce obtenu rapidement est devenu une
véritable guerre se terminant par une disparition totale de
relations entre les ex-conjoints, des critiques vives et
incessantes émises aux enfants sur l'autre parent, la cassure
des liens amicaux (l'ami devenant un traître puisqu'acceptant de
recevoir chez lui l'ex-conjoint), etc ... Les filles, maintenant
à l'entrée dans l'âge adulte ont été très ébranlées et
leurs études perturbées. La différence avec leur vie sans
histoire quelques années auparavant, leur équilibre, leur bonne
scolarité, la gaieté du couple est si frappante ! Oui, c'est
bien une guerre qui est passée par là, laissant derrière elle
des ruines et des blessés.
Le consentement mutuel serait-il donc un leurre d'une fausse paix
dans le divorce ? N'est-il pas plutôt choisi parce que plus
rapide, meilleur marché pour mettre fin à une situation devenue
impossible à vivre, lorsque l'époux ou l'épouse sait qu'il ne
pourra pas prouver la faute, qu'il ne pourra pas payer les frais
d'une procédure longue et douloureuse pouvant financièrement et
psychologiquement le mettre à terre ? Je ne possède pas de
résultats d'étude sur les vraies raisons qui poussent à un
divorce par consentement mutuel. J'aurai aimé un profil type de
ces divorcés, de ce qu'ils ont vécu avant d'en arriver là, de
leur "après divorce". J'aurai aimé aussi savoir si
les enfants sont plus sereins et si la famille citée en exemple
n'était qu'une exception.
Le divorce par
faute représentait à peine moins de la moitié des
demandes (environ 50000). Un fait est significatif : les 3/4 des demandes
proviennent des femmes !
Onéreux, la procédure est souvent longue, conflictuelle ; il
faut prouver la faute ou au contraire la nier et pour cela tout
est bon, même les témoignages les plus accablants et les plus
sordides. On peut engager un détective qui coûte très cher. Un
huissier sera nécessaire pour le constat de la faute d'adultère
ainsi que les plaintes à la police pour violence, les rapports
médicaux. On sent qu'on entre dans quelque chose de dur.
Toutefois ce type de divorce est plus représentatif de
la réalité des faits vécus dans le privé depuis le
début du "problème" puisque le divorce est une
solution désespérée, un désir de supprimer l'autre de son
existence, une conséquence à un conflit vécu antérieurement.
C'est dans le privé que le conjoint a été profondément
atteint, que les enfants ont commencé à souffrir. C'est à
l'abri des regards que des femmes, des hommes, des enfants ont
pleuré. Que des hommes ont tapé, que des femmes sont tombées,
que des enfants se sont cachés. Le divorce pour faute reconnait
donc qu'il y a eu souffrance, occasionnée par l'un des
conjoints, que des devoirs et des droits ont été bafoués, et
qu'il y a eu une ou des victimes. Encore témoin
malgré moi d'un divorce, j'ai été heureuse lorsqu'une parente
a pu "prouver" par les soins d'un détective et la
visite de l'huissier qu'il y avait adultère. Accablée d'abord
par la tromperie de son mari, puis par le mensonge de ce dernier
qui refusait d'avouer une faute que toute la ville connaissait,
et qui voulait la faire passer pour mythomane devant le juge, il
aura fallu du temps pour prouver les faits, et le montant
dépensé a été exhorbitant. Mais son cri de victoire était si
agréable à entendre ! elle avait tant souffert ! Je crois que
cette faute reconnue devant un juge a été nécessaire à sa
reconstruction.
En octobre 2001, L'Assemblée nationale a adopté une
proposition de loi PS sur la réforme du divorce,
qui supprime la notion de faute, source de conflits, sauf "pour
les faits d'une particulière gravité " suite à une
pression des groupes féministes. Mais la faute est dissociée de
la procédure elle-même. Elle sera postérieurement constatée
et étudiée par un juge aux affaires familiales qui décidera du
versement de dommages et intérêts. Le divorce sur requête
conjointe demeure en vigueur mais son déroulement sera
accéléré. Les trois autres formes de divorce, pour faute, par
consentement mutuel demandé par l’un et accepté par l’autre,
pour rupture de la vie commune - seront confondus en une seule
procédure : le divorce pour rupture irrémédiable du lien
conjugal.
Dans un
monde sans repères, où la notion du bien et du mal devient
chaque jour plus floue, est-il bon d'enlever celle de la faute ?
Certes, ce projet pourrait apporter aux juges une vitesse de
procédure et un meilleur confort dans les affaires à gérer,
mais les conflits cesseront-ils pour autant au sein des familles
? Est ce la notion de faute du divorce qui est douloureuse ou la
faute elle-même, bien réelle ? Je ne pense pas que le conflit
sera atténué mais au contraire le déséquilibre sera encore
plus grave, et induira un nombre croissant de comportements
irresponsables sans poser le moindre problème de conscience : la
faute n'existe pas. Cette loi doit sans doute nous permettre de
nous "aligner sur l'Europe" ? Au fait, qu'en est-il des
autres états d'Europe ? un lien : Sénat
2) Les
conséquences économiques :
En plus du choc psychologique ressenti par le conjoint
abandonné, effacé d'un seul coup, comme si des années de vie
commune n'avaient jamais compté ; en plus des conflits, des
mensonges, de la solitude, le divorce appauvrit sensiblement
les familles modestes et touche d'avantage les femmes, aux
emplois plus précaires, moins bien rémunérées ou sans emploi
avec des enfants à charge. Les pensions versées par
l'ex-conjoint ne représente qu'une part minime du revenu et 35 % ne seraient pas payées.
Malgré la bonne place qu'occupe la France pour l'aide aux femmes
seules, le Secours catholique faisait état dernièrement de
l'accroissement des mères isolées plongées dans la misère.
Parmi celles-ci figurent sans aucun doute les divorcées ou
séparées d'union libre. Dans tous les cas, que ce soit par le
divorce, par des séparations d'unions libres ou des abandons
rapides d'une femme par son compagnon, les racines sont les
mêmes : le modèle familial s'est émietté, le cas de
conscience ne se pose plus, l'irresponsabilité, l'abandon ne
sont pas montrés du doigt. Tout est possible, le bien et le mal
n'existent plus. Dans tout ce décor sinistre, la différence
entre ménage riche et pauvre est importante. Tous les problèmes
sont vécus plus difficilement quand la pauvreté s'en mêle.
L'argent, s'il ne guérit pas de la souffrance d'une séparation,
de la solitude (et j'en vois de ces divorcées de tous milieux,
qui se consacrant entièrement à leurs enfants et leur boulot,
et qui, bien que n'ayant pas encore l'âge de faire des veuves
solitaires, ne connaîtront plus jamais une vie intime de femme)
aide à passer un cap difficile.
3) Les
enfants :
Quant aux enfants -malgré des études montrant que seuls 16 %
sont officiellement en conflit ouvert avec les parents- comme
pour tous ceux, je pense, qui me liront et qui ont vécu eux
mêmes ou par leurs proches la souffrance du divorce, notre
observation nous donnent des chiffres bien supérieurs !
- La nièce, pleurant lorsque c'était le week-end du papa, parce
qu'elle détestait la nouvelle belle mère, et qui plusieurs
années après, à l'adolescence est tiraillée entre les deux
parents qu'elle n'arrive pas à aimer sans culpabiliser, refuse
un voyage de deux mois offert par son père pour ne pas laisser
sa mère seule.
- Le copain qui a rêvé pendant des années que son père et sa
mère puissent refaire leur vie ensemble et qui, parce que ces
derniers avaient réussi à trouver un terrain d'entente,
annonçait à sa classe qu'ils allaient se remarier.
- Et celui qui, lors d'un match de foot important où les deux
parents sont présents, ne sait plus vers lequel aller à la fin
de la victoire de son équipe et préfère finir la journée chez
l'ami.
- Encore, ce cas douloureux de la fille d'une famille recomposée
dont le papa, qui n'en a pas la garde, vient d'avoir un nouvel
enfant, donc une petite demi-soeur qu'elle voit rarement quand
les deux autres demi-frère et soeur issus de la nouvelle
compagne et vivant au foyer paternel profitent de sa présence
chaque jour bien que le degré de parenté soit le même ;
problème qui aboutit par une analyse chez le psy après une
fugue tant la grande adolescente, qui voulait voir autant que les
autres son adorable demie soeur, n'a pu le supporter.
Le Christ, l'Eglise Catholique et le divorce.
Pour un catholique,
c'est simple en théorie : selon les mots du Christ rapportés en
Matthieu 19, Marc 10, et Luc 15, le divorce n'est pas permis.
"Tout
homme qui répudie sa femme et en épouse une autre commet un
adultère et celui qui épouse une femme répudiée par son mari
commet un adultère" (Luc 16, 18). En Matthieu 19 et Marc 10,
les versets sont plus précis "c'est en raison de votre
dureté de coeur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes". Jésus cite ensuite la Genèse 1,
27 "et
les deux ne feront qu'une seule chair". Saint Paul, à la suite du Christ,
confirme ces propos : 1Co7 "que la femme ne se sépare
pas de son mari - au cas où elle s'en séparerait, qu'elle ne se
remarie pas ou qu'elle se réconcilie avec son mari - et que le
mari ne répudie pas sa femme". Voilà qui semble clair.
L'Eglise en a tiré son enseignement. Elle en a tiré aussi un
sacrement indissoluble : le sacrement du mariage qui unit mari et
femme devant Dieu et les hommes, afin qu'ils ne fassent plus
qu'une seule chair. Ce sacrement est aussi le symbole de l'union
Eglise et Christ. La séparation est acceptable comme un moindre
mal dans certaines situations, mais le mariage n'est pas annulé
pour autant. Le mari et la femme divorcés sont alors
considérés comme séparés. Le divorcé non remarié aura
accès à l'eucharistie. Plus difficile est le statut de divorcé
remarié, vivant donc l'adultère au quotidien. Son second
mariage ne sera pas reconnu par l'Eglise catholique mais il
pourra continuer à participer à la vie paroissiale sans
toutefois partager le repas du Seigneur tant qu'il vivra non
chastement avec un(e) autre compagnon ou compagne. Toutefois
l'Eglise peut dans certains cas reconnaître la nullité du
sacrement. Le mariage est considéré comme invalide : il n'a
jamais eu lieu.
Le Catéchisme de l'Eglise catholique (CEC) nous explique
clairement la position de notre Eglise :
http://www.christusrex.org/www1/catechism/CCC3-fr.html
Extraits :
2382 Le Seigneur Jésus a insisté sur l1intention
originelle du Créateur qui voulait un mariage indissoluble (cf.
Mt 5, 31-32 ; 19, 3-9 ; Mc 10, 9 ; Lc16, 18 ; 1 Co 7, 10-11). Il
abroge les tolérances qui s1étaient glissées dans la loi
ancienne (cf. Mt 19, 7-9). Entre baptisés, " le mariage
conclu et consommé ne peut être dissout par aucune puissance
humaine ni pour aucune cause, sauf par la mort " (CIC, can.
1141).
2383 La séparation des époux avec maintien du
lien matrimonial peut être légitime en certains cas prévus par
le Droit canonique (cf. CIC, cann.1151-1155). Si le divorce civil
reste la seule manière possible d1assurer certains droits
légitimes, le soin des enfants ou la défense du patrimoine, il
peut être toléré sans constituer une faute morale.
2384 Le divorce est une offense grave à la loi
naturelle. Il prétend briser le contrat librement consenti par
les époux de vivre l1un avec l1autrejusqu1à la mort. Le divorce
fait injure à l1Alliance de salut dont le mariage sacramentel
est le signe. Le fait de contracter une nouvelle union, fût-elle
reconnue par la loi civile, ajoute à la gravité de la rupture :
le conjoint remarié se trouve alors en situation d1adultère
public et permanent :
2385 Le divorce tient aussi son caractère
immoral du désordre qu1il introduit dans la cellule familiale et
dans la société. Ce désordre entraîne des préjudices graves
: pour le conjoint, qui se trouve abandonné ; pour les enfants,
traumatisés par la séparation des parents, etsouvent tiraillés
entre eux ; pour son effet de contagion, qui en fait une
véritable plaie sociale.
2386 Il se peut que l1un des conjoints soit la
victime innocente du divorce prononcé par la loi civile ; il ne
contrevient pas alors au précepte moral. Il existe une
différence considérable entre le conjoint qui s1est efforcé
avec sincérité d1être fidèle au sacrement du mariage et se
voit injustement abandonné, et celui qui, par une faute grave de
sa part, détruit un mariage canoniquement valide (cf. FC
84).
Il se
réfère, entre autres, au Droit Canon, Codex Iuris Canonici (CIC) réglementant l'Eglise Catholique
:
http://www.intratext.com/X/FRA0037.HTM
Extraits :
Can. 1151 - Les conjoints ont le devoir et le droit de
garder la vie commune conjugale, à moins qu'une cause légitime
ne les en excuse.
Can. 1152 - § 1. Bien qu'il soit fortement
recommandé que le conjoint, mû par la charité chrétienne et
soucieux du bien de la famille, ne refuse pas son pardon à la
partie adultère et ne rompe pas la vie conjugale, si cependant
il n'a pas pardonné la faute de manière expresse ou tacite, il
a le droit de rompre la vie commune conjugale, à moins qu'il
n'ait consenti à l'adultère, n'en soit la cause ou n'ait commis
lui aussi l'adultère.
§ 3. Si l'époux innocent a rompu de plein gré
la vie commune conjugale, il déférera la cause de séparation
dans les six mois à l'autorité ecclésiastique compétente qui,
ayant examiné toutes les circonstances, estimera s'il est
possible d'amener l'époux innocent à pardonner la fauteet à ne
pas prolonger pour toujours la séparation.
Can. 1153 - § 1. Si l'un des conjoints met en
grave danger l'âme ou le corps de l'autre ou des enfants, ou
encore si, d'une autre manière, il rend la vie commune trop
dure, il donne à l'autre un motif légitime de se séparer en
vertu d'un décret de l'Ordinaire du lieu et même, s'il y a
risque à attendre, de sa propre autorité.
Can. 1154 - Une fois établie la séparation des
conjoints, il faut toujours pourvoir de manière appropriée à
l'entretien et à l'éducation dus auxenfants.
Can. 1155 - Le conjoint innocent peut toujours,
et c'est louable, admettre de nouveau l'autre conjoint à la vie
conjugale; dans ce cas, il renonce au droit de séparation.
Can. 1673 - Dans les
causes de nullité de mariage qui ne sont pas réservées au
Siège Apostolique, sont compétents:
1 le tribunal du lieu où le mariage a été célébré;
2 le tribunal du lieu où la partie appelée en la cause a son
domicile ou quasi-domicile;
3 le tribunal du lieu où le demandeur a son domicile, pourvu que
les deux parties habitent sur le territoire de la même
conférence des Évêques, et que le Vicaire judiciaire du
domicile de la partie appelée y consente après avoir entendu
celui-ci;
4 le tribunal du lieu où en fait doivent être recueillies la
plupart des preuves, pourvu qu'y consente le Vicaire judiciaire
du domicile de la partie appelée qui lui aura préalablement
demandé s'il n'a rien à objecter.
En 1994, suite à la
question des divorcés-remariés, source de polémique au sein de
l'Eglise, la Congrégation pour la Doctrine de la foi, en la
personne du Cardinal Ratzinger confirme la position de l'Eglise
dans la lettre aux évêques de l'Eglise catholique sur l'accès
à la communion eucharistique de la part des fidèles divorcés
remariés.
http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_14091994_rec-holy-comm-by-divorced_fr.html
Il rappelle le devoir d'accueil de
l'Eglise par ses mots :
"Dans ce contexte, les difficultés et les souffrances
des fidèles qui se trouvent en situation matrimoniale
irrégulière méritent une attention spéciale. Les pasteurs
sont appelés, en effet, à faire sentir la charité du Christ et
la proximité maternelle de l'Eglise; qu'ils les accueillent avec
amour, en les exhortant à se confier à la miséricorde de Dieu,
et en leur suggérant avec prudence et respect des chemins
concrets de conversion et de participation à la vie de la
communauté ecclésiale."
tout en confirmant la doctrine de l'Eglise : pas de remariage
pour les divorcés (sauf si premier mariage reconnu invalide),
pas d'eucharistie pour les divorcés remariés :
"Face aux nouvelles solutions pastorales mentionnés
ci-dessus, cette Congrégation juge donc qu'elle a le devoir de
rappeler la doctrine et la discipline de l'Eglise à ce sujet.
Celle-ci, fidèle à la parole de Jésus-Christ, affirme qu'elle
ne peut reconnaître comme valide une nouvelle union, si le
mariage précédent l'était. Si les divorcés se sont remariés
civilement, ils se trouvent dans une situation qui contrevient
objectivement à la loi de Dieu et, dès lors, ils ne peuvent pas
accéder à la Communion eucharistique, aussi longtemps que
persiste cette situation".
Cette lettre a fait grincer bien des dents mais s'inscrit
pourtant dans la doctrine de l'Eglise (basée sur le Christ et la
Tradition). Le Cardinal Ratzinger souligne qu'il ne faut pas
laisser prévaloir notre "conviction personnelle".
Cette lettre indique également qu'il ne faut voir aucune
punition dans l'interdiction de communion, précisant que ce
n'est pas l'Eglise qui met hors communion mais le divorcé
remarié lui-même.
Toutefois, pour le divorcé -et surtout pour la victime d'un
abandon- il est quasiment impossible de pouvoir comprendre la
doctrine de l'Eglise face à une situation qui relève alors de
l'affectif et non de l'enseignement. Comment une femme trompée,
battue, abandonnée qui a trouvé le nouveau compagnon qui pourra
la relever pourra-t-elle réagir ? Comment accepter cette
exigence hors monde ? Dur dilemne et source de
conflits au sein même de notre Eglise, pendant que d'autres à
l'extérieur se scandalisent de cette position ...
Le message de Jésus Christ : un idéal - l'amour
Difficile
défi pour l'Eglise Catholique de statuer, sans renier les
paroles du Christ, sur l'attitude à adopter en face de couples
qui définitivement ne s'aiment plus et parfois refont leur vie.
Les mots de Notre Seigneur sur le divorce ne sont pas de simples
règlements qui obligeraient deux personnes se détestant, ou
simplement ne s'aimant plus, à continuer la vie commune.
L'Eglise nous rappelle que le mariage doit rester cette union où
cohabitent amour et pardon.
Lorsque Jesus Christ nous appelle à ne faire qu'un, lorsqu'il
dénonce notre "dureté du coeur", il nous indique un
idéal, celui voulu par Dieu : nous aimer jusqu'à la fin de nos
jours.
Pendant tout son ministère, Jésus Christ n'a eu de cesse de
nous appeler à cette conversion dans tous les actes de la vie.
C'est encore la dureté de nos coeurs qu'il dénonce lorsque les
hypocrites font peser de lourds fardeaux à leurs compatriotes ou
lorsque nous méprisons les plus humbles. Cet amour dont nous
parle le Christ, page après page, n'est pas la recherche d'une
émotion toujours intense, de sensations fortes, de désir
ardent. Il s'agit sans doute du même amour qui nous appelle à
ne faire qu'Un en Christ, de cet amour que nous connaissons aussi
pour nos enfants et qui, lui, dure toute la vie. Cet amour
d'abord lune de miel pour les jeunes que nous étions se trouve
vivant dans le désir l'un pour l'autre, mais aussi dans le
respect de la personne qui a uni sa vie à la notre, et dans la
foi en Dieu. Il doit conduire à ne pas commettre d'actes qui ne
contenteraient que notre seule personne et plongeraient notre
conjoint dans la souffrance. Il s'agit bien de créer une
communion de vie pour le meilleur et pour le pire, dans et à
l'épreuve du temps.
Mais si le mariage n'est plus qu'une obligation de vie
commune pour les catholiques, obéissant à leur Eglise, en quoi
sommes nous fidèles aux paroles du Christ ? Où est cet
amour qui doit nous conduire à la vie commune, où est ce dégel
de nos coeurs ?
Toute la difficulté réside là : comment parvenir à cet idéal
que nous montre Jésus, cet amour divin qui doit être notre pain
quotidien, quelle doit être la réponse donnée si nous n'y
parvenons pas ?
Lorsque l'amour a disparu, il faut faire un choix. L'amour pour
nos enfants peut l'emporter mais il faudra une grande tendresse
pour continuer à cohabiter ! Ce sera peut être un moyen de
devenir un peu plus "pétri d'évangiles" dans notre
foyer. Ce sera peut-être l'occasion de comprendre que l'amour,
cet amour divin, cette seule chair qui a donné des fruits,
était toujours là mais que nous n'en avions pas encore compris
la nouvelle forme. Dans d'autres cas, cela ne sera pas possible,
il y aura rupture, parfois remariage civil. L'Eglise devra
toujours être là pour donner sa réponse, sans jamais laisser
l'hypocrisie s'installer pour son confort, et surtout sans jamais
manquer de justice et de charité.
Le divorce chez les chrétiens orthodoxes :
L'Eglise
orthodoxe,autorise le divorce en se basant, entre autres, sur la
clause restrictive qui serait incluse en Matthieu 19.9 concernant
la répudiation "sauf pour prostitution". (mots que
l'Eglise catholique interprète différemment). Plus globalement,
elle accepte ou disons "pardonne" le divorce en tenant
compte de la "dureté des coeurs" des fidèles,
faiblesse du péché originel, la possibilité d'une vie nouvelle
sans que la pratique religieuse et la participation au repas du
Seigneur ne soient abandonnées. Aussi, un second, voire un
troisième mariage religieux peut être envisagé, mais il n'a
toutefois pas l'importance du premier. La célébration
liturgique exprime l'échec du premier mariage et la volonté de
repartir vers une nouvelle vie en revêtant une forme
pénitentielle. Dans la pratique et dans les mentalités, il faut
veiller à ce que les fidèles ne voient pas cette possibilité
comme une banalisation et un droit acquis au divorce, sous
estimant le mariage dès la première union. Ce danger existe
puisqu'un chrétien orthodoxe en faisait mention lors d'une
émission consacrée à ce sujet un dimanche matin à la TV.
Une conclusion ?
J'arrive
à un âge où je peux faire un premier bilan de ma vie de
famille, raison pour laquelle je fais ces pages familiales. J'ai
commis des erreurs, j'ai "écouté" la société,
marchande de bonheur. Que nous disait-elle fin 70, début 80 ?
Sans l'affirmer par des mots, elle nous laissait penser que le
bonheur ne se trouvait pas dans le vieux schema de nos parents
qui était un bonheur familial ringard. Pour ne pas reproduire ce
schema dépassé, elle nous invitait à prendre la pilule, à
avorter, à user et abuser de liberté sexuelle avant de,
tardivement, nous mettre en couple, et -pourquoi pas ?- de
continuer à "échanger" notre sexualité même à
l'intérieur de celui-ci. Il fallait faire des enfants tard et
peu nombreux. Le divorce prenait totalement sa place dans ce
discours, dans cette promesse d'un nouveau bonheur : un couple
pour la vie, c'était la monotonie assurée donc à bannir.
D'ailleurs pourquoi se marier ? L'union libre, meilleur choix,
évitait un divorce, "se marier" étant devenu synonyme
de "divorcer". Quels en sont les résultats ? Je vois
de plus en plus de femmes d'une quarantaine d'années, divorcée
avec un enfant. Elles sont le produit de cette société, de
cette "libération" tant louée. La majorité ne se
remariera pas et vivra seule, d'abord avec son enfant puis
définitivement seule. Auront-elles la chance d'avoir un ou des
petits-enfants proches ? Je l'espère. La moyenne d'âge pour une
femme est de 83 ans mais nombreuses seront celles qui atteindront
les 90 ans, voire 100 ans. Cela veut dire que parmi toutes ces
éventuelles centenaires, beaucoup auront été seules à partir
de 40, 50 ans avec un ou deux enfants et donc une probabilité
réduite d'avoir une famille large autour de soi. Je vous laisse
compter : 40 ou 50 années de solitude risquent d'être la future
vie quotidienne de beaucoup d'entre nous. Entre temps, suite aux
beaux discours de notre société sur la natalité, le
déséquilibre entre actifs et retraités aura certainement
induit une baisse du niveau de vie des personnes âgées. Cette
merveilleuse société de consommation ne pourra même plus nous
offrir notre drogue quotidienne nécessaire, soin palliatif de la
désespérance. Mais on continue de nous servir le même plat
réchauffé, et on continue de vouloir faciliter le divorce,
jusqu'à ce qu'il ne devienne plus qu'une répudiation. On
continue à nous parler de grandes familles recomposées
merveilleuses et suprenantes réunies autour d'une immense table
alors que la réalité est souvent la solitude et les
anti-dépresseurs dans un petit appartement. Les labo de
recherche pour trouver de nouvelles molécules contre la
tristesse ont de beaux jours devant eux. Toutefois mon
discours ne serait pas chrétien s'il était pessimiste
et trop porté sur le futur. L'homme nous a montré qu'il a au
fond de lui des réserves d'ingéniosité pour rattrapper ses
erreurs et les clubs et université du 3ème âge, les asso en
tous genres, pourront sans doute apporter beaucoup. A chaque jour
suffit sa peine, il ne faut pas pleurer sur la peine de demain
dont nous ne savons rien.
L'Eglise n'a jamais failli sur son discours louant la famille et
le bonheur qu'apportent les naissances. Son discours a été
sifflé, hué mais au bout du compte, combien au fond
d'eux-mêmes reconnaitront qu'ils se sont laissé abusé
par le bonheur sous cellophane que nous proposait notre société
? L'Eglise ne nous offre pas un bonheur chimique, mais celui de
notre créateur. Un bonheur tout simple mais à portée de main.
Heureusement, l'Eglise catholique je l'ai retrouvée avant de
peut être suivre moi aussi une voie incertaine. Pour l'instant
je suis encore mariée au bout de presque 20 ans de vie commune
et je prie Notre Seigneur pour que cela continue le plus
longtemps possible. Un seul regret : seulement deux enfants. Mais
l'Eglise n'est pas que le lieu de la famille, c'est aussi
celui de tous les hommes et femmes qui poussent sa porte,
dont les solitaires qui peuvent la rejoindre et trouver en son
sein de quoi remplir leur vie : une communauté et l'amour de
Dieu. Raison pour laquelle, l'Eglise doit s'ouvrir pleinement à tous
dans les années qui viennent, et le ciboire doit donner à tous
l'occasion de retrouver la nourriture éternelle qui ne se
périme pas.
source des chiffres : INED - http://www.divorce-famille.net - http://juripole.u-nancy.fr - http://justice-gouv.fr
| 09/01/02 |
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